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Projet "Sexpowerment": Comprendre les relations entre le racisme et l’Education Sexuelle

Pour comprendre les relations entre le racisme et l’ESAS, il faut se pencher sur la façon dont la médecine s’est développée dans les anciennes colonies européennes. A partir de la fin du 18e siècle et tout au long du 19e siècle, le corps des Africain·e·s devient un objet d’étude prisé des médecins européens dans un contexte où la taxinomie raciale et les contacts entre Africain·e·s et Européen·ne·s se développent. Les médecins métropolitains, assistés ensuite des médecins coloniaux, dissertent sur l’anatomie des Noir·e·s d’Afrique et sur les contours de leur altérité raciale et sexuelle. Les femmes d’Afrique, et plus particulièrement les Hottentotes et les Bochimanes du Sud du continent, semblent incarner leur race à travers leurs caractères sexuels décrits comme exubérants. Les attributs sexuels des femmes noires ne constituent pas uniquement un marqueur racial intéressant pour les médecins, leur analyse leur permet aussi d’émettre des hypothèses sur l’hypersexualité africaine. Les femmes africaines sont régulièrement agressées sexuellement par les colonisateurs. À ces imaginaires médicaux sur le sexe et la sexualité des Africain·e·s s’ajoutent, dans les écrits des médecins européens jusqu’au milieu du XXe siècle, de nombreux questionnements sur les causes des mutilations sexuelles.


Le cas de Saartjie Sarah Baartman En 1810, Saartjie Sarah Baartman, aussi appelée "la Vénus hottentote", de son vrai nom « Sawtche », a été enlevée en Afrique du Sud et transportée vers le Royaume-Uni. Elle a été exposée à Piccadilly Circus et dans les cabarets et maisons closes de Londres et de Paris, où des milliers de personnes venaient chaque année pour la dévisager, la montrer du doigt et toucher son corps. Saartjie a été auscultée en public et objectifiée en raison de son postérieur imposant. Après 5 années de traitement inhumain, Saartjie est décédée. À sa mort, on a réalisé un moulage en plastique de son corps, et son postérieur a été conservé afin d’être exposé dans des musées jusque dans les années 1970. Ce n'est qu'en 2002 que Saartjie a pu enfin avoir un enterrement digne de ce nom.



Crédits : Français : Les Curieux en extase ou les Cordons de souliers via Picryl.com


Comment l’idéologie de la suprématie blanche continue d'imprégner l'éducation sexuelle dans les écoles

L’idéologie de la suprématie blanche, fondée sur un système complexe de croyances sous-entendant la suprématie des valeurs culturelles et des normes des peuples d’origine européenne par rapport aux autres groupes humains, est à la base de la recherche sur l'éducation sexuelle, des programmes d'enseignement et des politiques de santé sexuelle. Les programmes d'éducation sexuelle se sont développés autour d’une éducation surtout motivée par la santé publique, s'appuyant sur des savoirs biologiques et médicaux, insistant sur la reproduction et sur la prévention et donc sur les risques liés à la pratique de certains comportements sexuels. Historiquement, l'hygiène sociale était également axée sur les questions de moralité sexuelle et de pureté raciale de la société blanche. De nombreuses études anglo-saxonnes montrent que les représentations que le monde psycho-médical peut avoir des personnes non-blanches, et plus précisément les personnes noires, ont des effets à tous les niveaux des parcours de soins. Divers impacts défavorables ont été mis en évidence en termes de diagnostic, de classification, de prescriptions médicamenteuses ou de délivrance de soins.



Le cas des malades vivant avec le VIH/sida Comme de nombreuses autres infections sexuellement transmissibles, le VIH/SIDA a tout d’abord été perçu comme une maladie d’«étrangers”. Avec le temps, pour diverses raisons, dans la plupart des pays du monde, le SIDA en est venu à être aujourd’hui associé à l’Afrique subsaharienne. Le racisme et la xénophobie sont manifestes, non seulement pour ce qui est des «origines» présumées du VIH/SIDA mais aussi en ce qui concerne la stigmatisation et la discrimination qui se sont révélées à la suite de l’épidémie. Les hypothèses racistes d’un grand nombre des premiers discours sur le SIDA comportaient des déclarations stupéfiantes concernant la «sexualité africaine» qui étaient typiques des premières années de l’épidémie.









Quelques exemples de manifestations de la suprématie blanche dans l’ESAS

  • Faire référence à la race et à l'origine culturelle comme facteurs de risque pour des problèmes de santé sexuelle.

  • Dire que les communautés racisées sont difficiles à atteindre. Les communautés racisées ne sont pas difficiles à atteindre, ce sont les stratégies et les approches utilisées pour les atteindre qui ne trouvent pas d'écho auprès des ces publics.

  • Tous les programmes d'éducation sexuelle ne conviennent pas aux communautés racisées. Il s'agit notamment de programmes et d'initiatives de santé sexuelle qui encouragent uniquement l'abstinence, les programmes d'éducation sexuelle qui ne mettent pas l'accent sur des témoignages réels et ceux dont le contenu n'est pas interculturel.

  • La représentation est importante ! Il faut veiller à ce que les professeur-e-s d’éducation sexuelle, les chercheur-se-s, les dirigeant-e-s et les membres des conseils d'administration des organismes compétents en matière de santé affective et sexuelle représentent fidèlement la population.



Le projet Sexpowerment souhaite développer et promouvoir des outils d’éducation à la santé affective et sexuelle (ESAS) qui prennent en compte la diversité culturelle sous ces différentes formes. Pendant deux ans et demi, nos cinq associations européennes (en France, en Belgique et au Luxembourg) se réunissent pour développer du matériel pédagogique ludique, participatif et qui s’adresse au plus grand nombre. En prenant en compte le fait que les normes liées à l'ESAS peuvent varier selon les cultures, traditions et sociétés, nous explorons le croisement entre intimité, stéréotypes, préjugés et discriminations. Notre objectif est de favoriser l’émancipation et l’épanouissement des jeunes dans leur SAS quelles que soient leurs identités sociales et culturelles. Le projet s’adresse donc à la jeunesse, afin de promouvoir une ESAS positive et émancipatrice, mais également aux professionnel-les qui les accompagnent afin que ces derniers se sentent ressourcé-es et outillé-es pour répondre aux défis qu’iels rencontrent sur le terrain.



Ressources:

  • Aggleton& Parker (2002), Stigmatisation et discrimination associées au vih/ sida. Cadre conceptuel et base d’action, Genève, Onusida.

  • Delphine Peiretti-Courtis. When Sex Embody Race : Black Bodies in the French Medical Imagination (1800-1950). Les Cahiers de Framespa : e-Storia, 2016, La domination incarnée - Corps et colonisation (XIXe-XXe siècles), 22, http://framespa.revues.org/4021 ⟨10.4000/framespa.4021⟩. ⟨hal-01479614⟩

  • Kechiche, A. (Réalisateur). (2010). Vénus noire [Film]. MK2.

  • Soyong Harley, C. (2020), Why Students Need Sex Education That’s Honest About Racism, rewire news group. Disponible sur : https://rewirenewsgroup.com/2020/06/09/why-students-need-sex-education-thats-honest-about-racism / (Consulté le : 21/07/3023)

  • Paradies Y, Ben J, Denson N, Elias A, Priest N, et al. (2015) Racism as a Determinant of Health: A Systematic Review and Meta-Analysis. PLOS ONE 10(9): e0138511. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0138511

  • Maryvonne Charmillot, Caroline Jacot-Descombes et Àgnes Földhazi, Chapitre premier. Évolution des cadres normatifs et diversité des approches en éducation sexuelle, Éditions ies, 2021, 23–36 p.




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